POLITIQUE FORESTIÈRE

Quelle gestion des forêts ? De la multifonctionnalité à la résilience

Historique et contexte:
Il est plus que nécessaire de rétablir la place qui est toute autre que fonctionnelle et qu’occupe la forêt ou les forêts du globe. Au-delà des aménités environnementales incontestables et fruit de centaines d’études scientifiques. Les forêts constituent pour le genre humain une racine plus profonde que la notre puisqu’il est établi que nous descendons au moins des arbres. La fonction chasseur-cueilleur est d’ailleurs encore présente chez certaines tribus aborigènes.
Les forêts sont aussi le catalyseur des représentations de bien-être, de milieux ouverts et paisibles mais aussi dans l’inconscient populaire, de milieux hostiles et ténébreux où la lumière peine à filtrer. Les contes provenant des forêts sont pléthoriques et continuent d’entretenir les mythes et légendes. Ces espaces qui occupent actuellement la même surface qu’au Moyen Age en France, sont néanmoins traversés par des contradictions qui proviennent essentiellement de la transformation du milieu (considéré comme une ressource à exploiter) en marchandise depuis plus de 3 siècles avec une accélération dans la dernière période, celle du Capitalocène. Il est permis de se rappeler que le ramassage du bois était interdit dans les forêts de la couronne britannique. Quant aux forêts françaises, la Révolution a permis le droit de chasse qui n’était réservé qu’aux seigneurs. Le code forestier a instauré une gestion des forêts avec peu à peu une empreinte de multifonctionnalité. Celle-ci est malmenée du fait de la pression suscitée sur les prélèvements effectués. Dans le même temps ce qui a fait l’originalité et une approche multifonctionnelle est sacrifié puisque l’ONF et ses salariés sont désormais soumis à l’unique loi de la production pour la filière au détriment des autres fonctions qui ne sont pas accessoires loin s’en faut ! (réservoir de carbone / production d’oxygène / régulateur de climat / fournisseur d’eau / mines de biodiversités / etc.). Ceci a provoqué une crise profonde au sein de l’organisme public, conduisant de nombreux agents au suicide. De très nombreuses luttes ont été menées. Malgré cela, le gouvernement a accéléré la privatisation de l’entreprise publique. Les forêts publiques françaises représentent plus de 25% du total des massifs forestiers et 40% des prélèvements. Le morcellement de la forêt privée et sa gestion posent aujourd’hui de nombreuses problématiques
qui n’intègrent (qui intègrent difficilement) pas la durabilité du système forestier.
Il convient donc de redéfinir la place que nous devons donner aux espaces forestiers et les caractéristiques propres pour lutter contre le dérèglement climatique, renforcer la biodiversité sauvage, améliorer la représentation des forêts par la connaissance et l’éducation. Ceci étant posé, cela permettrait effectivement d’avoir une position sur la valorisation des usages du bois et des conditions de cette valorisation. Le constat que nous devons avant tout partager est bien celui du recul sans précédent des forêts sur le globe – 46 millions d’Ha aux seules fin de cultiver du soja, d’élever du bétail qui part à l’exportation, du cacao et du café, sans oublier l’huile de palme. La prédation capitaliste constitue le plus grand des dangers jamais rencontré sur la planète. La récente épidémie de Coronavirus que nous vivons dans nos chairs est bien issue d’une zoonose. Il reste quelques 800.000 virus qui sont hôtes des espèces sauvages dans les forêts.
Le premier pas à franchir consiste à porter un coup d’arrêt définitif à la déforestation au niveau planétaire et donc aux importations en provenance des pays du sud et de tout ce qui concourt à cette déforestation. Stopper le recul sans précédent de biodiversité dans les forêts européennes par une sylviculture aux seuls services de la filière industrielle. En France, ce qui faisait le cadre de la multifonctionnalité est en recul du fait de la casse de l’ONF et du sens de la multifonctionnalité. Les communes forestières et les domaines ne représentent que 25 % des forêts françaises. L’éclatement de la propriété forestière gérée par les propriétaires et leurs associations crée une réelle difficulté pour dynamiser une politique forestière nationale.
Mettre en place une véritable démocratie forestière, signifie que les citoyens, leurs associations et toutes les forces disponibles pourraient concourir à renforcer le potentiel forestier dans toutes ses fonctions : écologique, biodiversité, lutte contre le réchauffement climatique, relocalisation des usages et développement des métiers du bois.
Le second enjeu, est intégralement lié aux aménités environnementales et à la résilience des forêts que nous devons reconquérir afin de conserver et renforcer la biodiversité sauvage, les micros habitats, la faune et la flore. Pour ce faire, les observatoires régionaux et les productions scientifiques ont émis de nombreuses productions qui demeurent incontestables à ce jour et non prises suffisamment en compte par la puissance publique, les collectivités, les propriétaires forestiers. Bâtir une culture de la forêt et des espaces de connaissances sur ces milieux demeure un enjeu de société qui pose clairement la question du devenir de l’espèce humaine au sein des autres espèces.
Le troisième enjeu, ne doit pas se départir de la vision des naturels et bien communs que nous voulons impulser pour une société communiste dans laquelle l’individu doit pleinement trouver ses marqueurs au sein de l’environnement en associant les formes de développement liées au Buen Vivir. Cela devrait être l’harmonie entre la place des milieux au sein d’une société dans laquelle les humains ne sont ni sur la sacralisation, ni sur la croissance économique et financière. Cela implique un haut niveau de connaissance mais aussi de conscience. Le service public et les missions de l’établissement public ONF sont donc à reconsidérer et à renforcer, d’une part au vu des enjeux considérables liés aux écosystèmes forestiers et d’autre part eu égard à l’expérience inédite des personnels et des collectifs de travail. Une volonté de recherche et développement doit obligatoirement y être associée. La recherche se devrait d’y être associée, notamment sur les aspects de biodiversité, ainsi que sur les aspects d’exploitation et de transformation afin de bâtir un devenir s’appuyant sur la sobriété plutôt que sur la consommation effrénée.
Le quatrième enjeu, semble bien sûr concerner les usages du bois, leur amélioration afin d’amplifier le stockage de carbone dans les constructions, l’ameublement, en évaluant l’énergie biomasse et la pondération qu’il faut y apporter. Sur la filière, elle nécessite aujourd’hui une mise en commun de l’ensemble des retours d’expériences et un renforcement de la recherche et développement sur les essences selon leurs capacités techniques, mécaniques et technologiques. Le lien posé entre tous les acteurs du système forestier ne doit pas être dépendant des metteurs en marchés, ni des exportations et importations massives. Définir des plans Bois Régionaux ne se fait pas à partir de la demande industrielle mais bien dans un cadre de démocratie forestière à construire pour redéfinir les usages du bois en lien étroit avec l’ensemble des avantages écologiques et sociaux. Le renforcement et la réouverture des sections bois en terme de métiers en est une des conditions, investir dans les hommes et les femmes constituerait un gage de relocalisation de métiers qui ont du sens sur des territoires en déprise du fait de la crise systémique du capitalisme. Il ne faut pas (exploiter) plus de bois mais en améliorer le capital de transformation à la lecture d’une reconquête harmonieuse entre la forêt et les humains.